Série d’interviews : l’école à distance à l’heure du déconfinement

Résumé :

Un des membres actif.ve.s de l’antenne UNICEF de SONU a le plaisir de vous faire découvrir aujourd’hui quatre témoignages d’écoliers et de professeur.e.s des écoles exerçant en région parisienne et en province. Cet article est l’occasion pour nous d’être en immersion dans l’enseignement à distance dans les écoles primaires à travers deux points de vue.

A travers les quatre témoignages récoltés, un mécontentement se dégage quant à la gestion de la pandémie par l’éducation nationale. Les professeur.e.s des écoles apparaissent inquiet.ète.s quant à l’avenir de l’enseignement. Ils déplorent notamment un manque de communication de leur hiérarchie et des directives trop larges. Le confinement a posé de nouvelles difficultés d’enseignement auxquelles les professeur.e.s ont dû faire face sans cadre. Un certain pessimisme grandit chez les professeur.e.s qui ne se sentent pas consultés et étouffés par un programme de plus en plus strict qui restreint leur liberté pédagogique.

Chez les élèves, le confinement a laissé des traces, matérialisées par des difficultés d’attitude et de concentration. Une souffrance se fait ressentir chez les enfants liée notamment à un manque de lien social et une appréhension face au Covid.

Nous vous proposons tout d’abord un zoom sur l’organisation et le ressenti du travail à distance de deux professeur.e.s des écoles.

Entretien avec deux professeur.e.s des écoles de Rhône-Alpes et de région parisienne.

Afin d’être totalement transparente dans ces propos, la première personne interviewée a préféré rester anonyme. La seconde personne, Liliane Meynaud, nous livre son analyse de l’enseignement durant le confinement.

-Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ?

H- Je suis professeur des écoles, titulaire d’un poste en préélémentaire dans une école primaire de 17 classes, depuis 10ans.

L- Liliane Meynaud, 54 ans, professeure des écoles depuis 32 ans. J’enseigne depuis 8 ans en classe de CE1 au sein de l’école élémentaire Gambetta à Vanves.

-Quelle a été votre première réaction au début du confinement ?

H- J’ai été surpris, je n’étais pas du tout préparé à dire au revoir à mes élèves du jour au lendemain. Ça a été un choc car les écoles ne devaient pas fermer selon le discours du Premier ministre. La dernière journée en présentiel en classe a été vraiment compliquée pour moi et pour les écolier.ère.s. 

Ça a été une coupure abrupte et traumatisante, il n’y avait pas de communication de la part de l’inspecteur et je n’avais pas de moyen informatique à la maison. Mes collègues et moi sommes resté.e.s 10 jours sans directives et j’ai été obligé de lever pied.

L- J’étais plutôt désorientée. Je n’avais jamais fait ça. On n’avait pas vraiment de directives ni de conseils hiérarchiques. Pédagogiquement je n’avais pas l’habitude d’utiliser les moyens numériques dans mon enseignement.

Qu’est-ce que le confinement a représenté pour vous ? Qu’a-t-il changé pour vous d’un point de vue professionnel ?

H- Le problème avec le fait que chaque professeur.e soit chez soi a été de proposer des enseignements semblables. Je me suis lancé dans des outils techniques, par exemple nous avons fait des réunions via Zoom et un Padlet pour coordonner nos activités. Surtout le plus important a été de proposer aux familles un accompagnement par téléphone avec chaque famille.

L- Ça m’a permis de découvrir des outils pédagogiques alternatifs tels que le power point, les ZOOM, les montages vidéo par exemple. Cependant le fait de ne pas pouvoir être en contact direct avec les élèves, ne pas pouvoir voir leurs évolutions, être confrontée à des familles qui n’avaient pas les moyens de fournir un enseignement qualitatif à distance fût très difficile.

AvantagesInconvénients
– travail d’équipe accru entre professeur.e.s
– apprentissage des nouvelles technologies
– apprendre à avoir confiance en l’autonomie des enfants, leur capacité à bien faire en distance
– le.a professeur.e est moins le centre de la classe
– meilleure conduite en classe grâce à un renouvellement de la confiance
– solitude face au outils informatiques
– beaucoup de familles n’ont pas la maîtrise de la pédagogie
– tout le monde n’a pas d’imprimante
– pas de ligne directrice de la hiérarchie
– constat d’un décrochage scolaire à la rentrée
– tout a reposé sur la bonne volonté des professeur.e.s

Comment avez-vous vécu l’enseignement à distance ?

H- Très mal, il fallait tout inventer sans aucun cadre, nous n’avons eu que les annonces des ministres dans les médias. Lors de la dernière journée avant le passage à l’enseignement à distance j’ai eu une réunion avec mes collègues pour mettre en place et photocopier en vitesse un cahier d’activité pendant la sieste des petits. J’ai ressenti un besoin, une nécessité à savoir que les enfants gardent un lien avec l’école.

J’exerce dans une école qui se trouve dans un quartier très populaire, les parents pratiquent peu le français donc je connais l’importance accrue de l’école pour ces petits. J’ai eu l’impression de jeter les petits quand ils sont partis de l’école.

L- C’était très chronophage car je répondais aux 29 sollicitations individuellement. Je devais m’approprier de nouveaux outils que je ne connaissais pas auparavant. De plus j’essayais de varier au maximum mes supports afin que mes élèves ne décrochent pas dans cette période difficile. J’avais également des contacts réguliers avec les parents afin de répondre à leurs questions et de faire une mise au point sur la façon dont ils géraient eux même l’enseignement à distance. Je devais donner des explications pédagogiques aux parents dont les enfants étaient particulièrement en difficulté.  

Avez-vous remarqué une évolution quant au lien avec les élèves et avec les parents ?

H- J’avais une très bonne relation avec les familles avant, qui s’est confortée. Mais j’ai eu des difficultés liées aux annonces gouvernementales, les professeur.e.s étaient informés avec les infos au JT TV, nous n’avions pas connaissance des décisions à l’avance.

L- Un réel lien s’est créé avec les enfants et les parents. Il y avait une correspondance régulière, une confiance importante s’est installée au fil du temps. On partageait les mêmes difficultés dans cette situation. Ça allait au-delà du contact professionnel. J’ai eu beaucoup de gentils remerciements à la fin de l’année.

Comment s’est déroulée une classe virtuelle lors du premier confinement ?

H- Je n’ai pas réussi à faire des classes en visioconférence car je n’avais qu’un ordinateur pour moi et mes deux enfants. Je n’ai pas fait de vidéo, la communication s’est faite seulement par téléphone. J’ai ressenti beaucoup de frustration de ne pas avoir les moyens techniques pour faire face à la situation. J’ai essayé d’appeler individuellement chaque parent et enfant pour maintenir un lien mais ça n’a pas été facile car il y a ¼ des familles qui étaient à fond, et ¼ que je n’ai pas réussi à contacter.

Les enfants avaient accès à un PADLET pour faire un journal avec la classe, dans le but que les copains se voient et surtout qu’ils voient les autres travailler. Ça a permis de publier des encouragements, des retours d’informations et de garder un contact. Légalement je n’avais pas le droit d’utiliser le PADLET d’un point de vue règlementaire (protection des données non compatible avec la publication de photo des enfants) mais l’inspection et les conseillers pédagogiques nous ont fait des tutos pour s’en servir avec l’obligation de verrouiller les commentaires même pour les écoliers, donc il y a eu une incompréhension mais j’ai décidé d’utiliser cet outil. 

L- Principalement par envoi de mails contenant des exercices pour les enfants et des explications pédagogiques pour les parents, ainsi que des vidéos avec les enfants et parents, des partages de photos.

Quels sont les moyens mis à votre disposition pour vous adapter à la pandémie ? Vous êtes-vous senti.e accompagné.e par l’éducation nationale ?

H- Je n’ai rien demandé car l’établissement se trouvait à 50km de chez moi et de toute façon je n’avais pas le droit d’y aller. Je me suis senti abandonné.

L- Il n’y a eu aucun moyens matériels mis à disposition de la part de la hiérarchie. Par contre, les conseiller.ère.s pédagogiques de notre circonscription nous ont beaucoup accompagné.e.s en nous partageant de nombreuses activités pédagogiques à faire à distance avec les élèves. 

Comment jugez-vous l’impact de la crise sanitaire sur les élèves ? Avez-vous décelé des problèmes d’attention de la part des écoliers, des angoisses ?

H- C’est très compliqué, on ne retrouve pas les élèves d’avant confinement, ils ont passé beaucoup de temps dans leur salon à faire ce qu’ils ont envie comme ils me l’ont confié. Je vois donc des difficultés d’attitude et de concentration, certain.e.s se croient tout seul dans leur canapé, comme à la maison par exemple. 

Les problèmes d’attention se traduisent par des difficultés de mémoire à court terme, qui mettent à mal la cohésion de groupe au sein de la classe, comme bien s’entendre. Je constate également une montée de l’individualisme, ce n’est pas de leur faute mais il ne supporte plus la frustration, car à la maison ils ne sont pas 25 donc il y a nécessairement moins d’attente. Enfin, les enfants sont plus inquiets lors d’une question ouverte. 

J’ai le sentiment qu’ils n’ont pas été préservés par le Covid, ils en parlent tous les jours et c’est un sujet très présent en classe. Le sujet du Covid est très présent, ça prend beaucoup de place dans leur tête. C’est un sujet récurrent, que les parents n’arrivent pas à contrôler donc ils sont perturbés car le référent adulte a connu des difficultés. Ils voient qu’avec le Covid les parents ne peuvent pas tous gérer. 

L- Très négative. Des retards accumulés. Beaucoup plus d’enfants que d’habitude sont arrivés en CE1 sans savoir lire. Il y a un écart plus grand que d’habitude entre les enfants en difficulté et les autres. Les enfants ont montré de gros problèmes d’attention et d’autonomie.

Quelles conclusions tirez-vous de l’enseignement en période de confinement, avez-vous des remarques sur l’enseignement à distance ?

H- Tout a été laissé à la bonne volonté des professeur.e.s, sous le couvert ministériel de larges directives. Ça a montré que le système scolaire n’était pas prêt d’un point de vu matériel à faire face à l’enseignement à distance aussi bien de mon côté que de celui des écoliers. A titre personnel je retiens que j’ai dû m’auto-former, que ça a été la galère. Ce qui m’inquiète c’est que s’il y a un nouveau confinement des écoles dans les mois à venir, ça ne sera pas mieux car rien n’a été fait depuis le premier confinement et qu’il n’y a toujours pas d’organisation précise pour dispenser un enseignement pour les primaires en distanciel. Aussi j’ai eu une charge de travail incroyable, j’ai passé les 15 premiers jours du confinement à travailler en permanence, ce fût très dur.

Selon vous qu’est-ce qui aurait pu être amélioré pour faire face à la situation ?

H- J’aurais eu besoin qu’il y ait une communication de la hiérarchie, des directives rapides et claires, les attentes de l’enseignement à distance et les moyens mis à disposition des professeur.e.s pour y parvenir. Il aurait fallu solutionner l’accès aux cours en visio par un accompagnement notamment pour les petits pour qu’ils soient accompagnés dans la prise en main d’un ordinateur. J’aurais eu besoin d’une aide pour différencier le temps personnel et professionnel du fait d’être continuellement à la maison.

L- On aurait pu avoir une proposition de la part de la hiérarchie de kit clef en main pour chaque niveau.

Comment s’est effectué le retour aux classes en présentiel ?

H- Dans la grosse pagaille, j’ai été informé à la TV du retour des classes en présentiel. On a accordé beaucoup de liberté à chaque école. Pour ce qui est de mon établissement, on a eu un protocole sanitaire et on a réussi à accueillir les enfants en demi-groupe. Cependant très peu d’enfants sont revenus à l’école dans mon établissement, on a continué à faire le travail à distance, à photocopier des livrets pour les distribuer aux familles ne pouvant pas imprimer, tout ça en plus cours en présentiel. J’ai donc eu 2 enseignements à dispenser. Mais les enfants avaient la banane, ils étaient à fond et très contents de revenir à l’école, ça m’a reboosté.

Quel est le déroulé d’une journée type de classe à l’heure actuelle ?

H- Tous les élèves viennent à l’école, le port du masque est obligatoire, ainsi que l’aération toutes les heures. Il faut se laver les mains souvent (toutes les heures) et il y a beaucoup de restriction en EPS. J’organise un temps avec les enfants pour s’étirer, se reposer, se relaxer pour garder leur attention tout au long de la journée. Les horaires d’une journée d’école sont les suivants : 8h30-11h45, 13h45-16h30. A part ça tout se déroule comme avant, on travaille sur les mêmes objets qui doivent être désinfectés. Cela complique les expériences, les travaux de groupe.

L- On fait du calcul mental, orthographe, lecture, maths, grammaire, conjugaison ou rédaction, activités artistiques (théâtre et arts plastiques).

Quel va être selon vous le futur modèle de l’enseignement en école primaire ?

H- Mes souhaits : il faut qu’il y ait moins d’élèves dans les classes pour mieux s’en occuper. J’aimerais mener un vrai travail sur le vivre ensemble, autour des valeurs qu’on partage tous et toutes, pour que les enfants aient les bases nécessaires de vie en société et puissent interagir avec les autres de la bonne manière. Il y a également une nécessité d’avoir des formations sur les besoins de terrain pour qu’on soit mieux préparé aux nouvelles situations. Enfin, si un.e professeur.e a besoin de matériel, il doit pouvoir y avoir accès rapidement.

La réalité : la gestion du budget est laissée à la mairie, or les enseignant.e.s dépendent de l’éducation nationale et il n’y a pas de communication commune. Il n’y a pas de réel changement de programme pour les maternel.le.s, ils ont les mêmes enseignements que moi quand j’étais petit, ce qui remonte à plus de 30ans. Par exemple les listes de vocabulaire nationales ne vont pas dans le sens de la modernité et ne sont pas adaptées à l’environnement des enfants (le paysage montagnard n’est pas pareil que celui du sud). Les orientations qu’on nous donne vont vers un monde ancien, il faut proposer des choses nouvelles qui vont leur être utile aux écolier.ère.s comme des thèmes d’actualité. Il faut qu’on leur propose des choses plus adaptés à leurs besoins. Le Grenelle de l’éducation qui a eu lieu récemment était composé de personnalités connues mais il n’y avait pas de professeur.e ayant une connaissance de terrain, uniquement des gens détachés de la vie des enfants. Ça m’attriste car il n’y a toujours pas de prise en compte des idées des professeur.e.s qui connaissent la réalité du terrain.

L- J’ai très peur que ce soit un modèle unique qui nous soit imposé. Avant, chaque instituteur pouvait adopter la méthode pédagogique qu’il voulait. On pouvait faire toutes sortes de stages et chacun avait sa spécialité. Maintenant, la formation est de plus en plus formatée ce qui mène à une restriction de la liberté pédagogique pourtant acquise depuis des années par les professeurs. Par exemple, Jean Michel Blanquer veut nous imposer un livre de lecture unique pour tous les CP de France!

Pour finir, avez-vous des remarques sur les mesures mises en place au sein de l’école, ou tout autre ressenti sur le numérique ou encore l’Ecole en général ?

L- Le temps de préparation et de réunion étant de plus en plus conséquent, les maîtres et maitresses ont de moins en moins de temps pour se rencontrer ce qui participe beaucoup à la déshumanisation de l’enseignement. Malgré tout, nous essayons au maximum de maintenir des projets pédagogiques fédérateurs au sein des équipes afin de maintenir ce lien essentiel entre collègue. A l’école Gambetta les maitres et maitresses s’entre-aident beaucoup et heureusement!

H- A l’échelle de l’Académie je n’ai eu une lettre de la rectrice qu’au bout de 3 semaines après l’annonce du premier confinement. Pendant 15 jours j’ai été dans le vide total et les informations sont tombées trop tard et n’ont pas servi. Je n’étais pas prêt à faire face à l’enseignement à distance, mais au final je n’ai pas eu beaucoup d’élèves décrocheurs. Je pense que les appels et le fait que je me sois mis en quatre pour encourager les familles ont aidé.

La remarque que je me suis faite tout au long du confinement est que je n’étais plus que professeur, j’ai aidé les petits mais aussi les parents qui n’étaient pas bien, j’ai tenu à bout de bras beaucoup de familles mais ce n’est pas mon métier. De plus j’ai le sentiment que personne ne s’intéresse à l’école. On parle du collège, du lycée qui sont médiatisés mais il n’y a pas de focus sur les problèmes de l’école, on se débrouille pour enseigner. Nous sommes obligés en tant que professeur.e.s des écoles de créer tout, tout le temps. Moi et mes collègues sommes fatalistes, on se dit que ça ne sert à rien de pousser pour améliorer l’enseignement à l’école.

Entretien d’élèves sur les difficultés rencontrées avec l’enseignement en période de pandémie

Nous avons souhaité dans la seconde partie de cette article mettre l’accent sur ce que représentent les mesures sanitaires pour les enfants et les émotions qu’ils ont éprouvées durant le confinement notamment.

Peux-tu te présenter s’il te plaît ?

Bonjour je m’appelle Luka, je suis en classe de CM1.

Bonjour je m’appelle Estéban et je suis au collège en 6e.

Qu’a représenté l’annonce du confinement pour toi ? As-tu observé des changements sur ta vie au quotidien ?  

E- J’ai cru que les profs allaient être plus compréhensif.ve.s, qu’ils n’allaient pas autant intensifier les cours. Je pensais que le confinement allait ralentir les cours. Le lever était aléatoire, et quand on travaillait bien on finissait à midi et parfois à 20h en fonction des devoirs que j’avais pour la journée.

L- J’étais content qu’il y ait le confinement car il n’y avait pas l’école. Je n’ai pas vu de changement car j’avais les devoirs par mail et je devais travailler tous les jours, à part le mercredi, samedi et dimanche. Je me réveillais vers 8h30 et commençais à travailler vers 9h jusqu’à 12h, puis de 13h à 16h30. C’était cool j’avais plus de temps pour jouer à la tablette et à la PS4, et pour regarder télé.

Quelle a été ta première réaction au début du confinement ?

L- J’étais plutôt désorienté car le premier matin je pensais devoir aller à l’école.

E- Je me suis senti plutôt en sécurité je me suis dit que ça allait bien se passer, que ça allait bien s’organiser, que le système éducatif allait trouver une solution pour que ça fonctionne bien.

Quel a été ton ressenti sur l’enseignement que tu as reçu en période de confinement ? Qu’en penses-tu ?

L- J’ai l’impression que les classes étaient plus courtes, je voyais ma maitresse par visio parfois. 

E- L’enseignement était de bonne qualité, le même du point de vue des choses étudiés. J’ai ressenti de l’appréhension face à quelque chose de nouveau, car je n’ai pas de suite été au courant de comment ça allait être organisé. C’était assez flou.

T’a-t-on donné un équipement matériel (ordinateur, connexion internet) pour étudier ?

L- Non, rien et j’ai pas eu de mail de la maitresse pour savoir si on avait besoin d’équipement et si on pouvait suivre la classe.

E- Je devais alterner la prise d’ordinateur avec maman et mon frère. Je n’avais pas de matériel à moi, j’ai reçu un mail pour peut-être avoir accès à un ordinateur mais sans suite.

Comment s’est déroulée une classe en ligne lors du premier confinement ? Qu’est-ce que tu as fait, est-ce que quelque chose des classes en temps normal te manquait et que tu ne pouvais plus faire ?

L- Ça s’est bien déroulé, je travaillais sur ordinateur, pas tous les jours. J’avais les visios en début de journée et la maitresse envoyait le travail à faire pour la journée le matin en plus du programme de la semaine. J’avais déjà mes manuels de grammaire, maths, conjugaison et je faisais mes exercices dessus. Des fois j’avais des vidéos à regarder et parfois il fallait imprimer des feuilles d’exercices puis avec ma mère on envoyait une photo par email et la maitresse envoyait les corrections à tous les élèves en fin de journée. Je ne parlais pas aux copains, je les voyais en visio sur zoom une heure par semaine. La récréation m’a manqué, il n’y avait pas de récré en ligne, pas de travaux de groupe c’était nul.

E- Le matin les horaires variaient. Il n’y a que la prof de maths qui a fait une classe virtuelle sur zoom où on pouvait prendre la parole, pour les autres matières je recevais un PDF à imprimer et compléter et après je devais regarder la correction joint au PDF. J’avais le planning des devoirs à faire sur l’ENT avec les messages des profs. Il n’y avait pas vraiment de contrôle pour s’assurer qu’on ait fait les devoirs. En cas de problème j’ai pu envoyer des mails et je pouvais contacter par téléphone ma professeure principale.

Penses-tu avoir bénéficié d’un accompagnement pour t’adapter à tes nouvelles conditions de scolarité ?

L- Je n’ai pas eu d’aide pour taper sur un ordinateur et j’étais dépendant de mes parents pour organiser le travail.

E- Non je n’ai pas reçu d’indications de la part du collège, les profs mettaient les devoirs sur l’ENT donc pas de nouveauté. Mais la prof de maths nous a expliqué les options de l’application zoom.

As-tu rencontré des difficultés pour suivre les cours ?

L- Je n’avais pas très envie de travailler, le confinement c’était des vacances mais je croyais que j’allais travailler un minimum. C’était dur de faire école à la maison et pas seulement les devoirs comme je faisais d’habitude. Les visios et les mails de la maitresse étaient faciles à comprendre donc ça m’a aidé.

E- Non pas de difficultés, mais parfois je n’ai pas eu assez de consignes explicatives, ma maman m’a beaucoup expliqué et précisé les consignes des exercices. Je voulais finir de travailler le plus tôt possible pour être libre et tout finir pour ne pas avoir de jours de retard et travailler pendant le weekend.

Que retiens-tu de l’enseignement en période de confinement ?

L- J’ai mis beaucoup plus de temps à faire mes devoirs que d’habitude du coup c’était plus long.

E- Il a été très modifié par rapport à la normale, c’était un grand changement d’un coup.

Comment s’est passé le retour en classes dans ton école ?

L- D’abord les élèves prioritaires sont retournés à l’école et après il y a eu des demi-groupes en juin. Pour la fin de l’année scolaire on avait qu’un petit terrain de la récré pour nous et les horaires de la récré étaient en décalé avec les autres classes. Il y avait le protocole sanitaire, c’est-à-dire être tout seul à son bureau, pas de prêt de matériel, pas le droit de toucher le même matériel, interdiction de se toucher entre nous, même dans les couloirs. Les déplacements étaient limités aussi.

E- Lors de la fin d’année scolaire 2019/2020, tout était clairement indiqué par des flèches de circulation. Les professeur.e.s ont essayé de nous mettre à l’aise, ils nous ont demandé comment s’étaient passées les classes à la maison, si on avait des difficultés, si on voulait se confier. On était un minimum de classes dans la récré et on était dans une zone définie pour notre classe dans la récré. Je me souviens à la rentrée en juin 2020 on a eu de l’accompagnement une heure tous les deux jours, c’était un moment où on pouvait faire nos devoirs avec un.e professeur.e plutôt que les faire chez nous, certains élèves en avaient besoin, certains se sentaient mal de rester chez eux. On limitait les déplacements dans la classes, il ne fallait pas toucher son masque qui était obligatoire tout le temps et au début ça m’a embêté car j’avais chaud mais je m’y suis habitué, il ne m’a plus dérangé. La cantine était fermée et on venait au collège en demi-journée, j’y allais tous les jours sauf le mercredi une fois le matin et une fois l’après-midi.

A l’heure actuelle, comment se déroule une journée de classe ? Qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce que tu aimes, qu’est qui est mieux par rapport aux classes à distance ?

L- Le matin on est accueilli dans la classe et s’il y a besoin la garderie est ouverte. C’est rare qu’on aille au tableau. Pour les travaux en groupe, on est en îlot de quatre. On aère pendant les récréations, et les sorties de l’école sont échelonnées avec un itinéraire différent selon les classes.

E- En juin 2020, même si ce n’était pas obligatoire j’ai voulu retourner en cours pour pouvoir poser des questions aux professeurs. Le collège me manquait, je voulais voir mes potes. Ça a été bénéfique d’y retourner pour moi plutôt que de rester à la maison car l’environnement scolaire m’aide à me concentrer et être attentif.

Vois-tu une amélioration qui aurait pu t’aider à surmonter la pandémie dans de meilleures conditions ?

L- Les copains m’ont manqué j’aurais aimé pouvoir leur parler. Je pense qu’avoir mon ordinateur pour moi m’aurait aidé.

E- Un allègement du travail donné par les professeur.e.s surtout au début m’aurait aidé, car c’était plus dur de suivre les cours à la maison. J’avais besoin d’un temps d’adaptation, ils nous ont donné des devoirs comme d’habitude pour suivre le programme et le terminer. Ça aurait été mieux si j’avais eu plus de cours sur zoom, j’aurais aimé car je voyais la prof, elle était présente pour moi et ça m’a fait du bien. C’était un moment où on pouvait partager nos idées entre élèves, ce qu’on pensait d’un problème de maths et comment on pouvait le résoudre.

Comment envisages-tu le déroulement des futurs mois d’écoles à venir ?

L- Je pense qu’on va rester à l’école jusqu’à la fin de l’année mais j’aimerais que ce soit à la maison. La zone délimitée dans la cour par classe va rester donc je ne pourrais pas jouer avec mes copains qui sont dans les autres classes.

E- Je crois que ça va rester comme ça, le virus ne va pas disparaitre ça va durer et on va devoir continuer à respecter les mesures sanitaires.

Au nom de toute l’équipe du pôle UNICEF Sorbonne-ONU, nous remercions l’ensemble des participants ayant accepté de répondre aux questions que vous venez de lire.

Article mené et rédigé par Benjamin Juillard. Cet article n’engage que son auteur.

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